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blocage des ports
Le blocage des ports par les marins pêcheurs est causé par l’augmentation du prix du gazole, mais c’est la goutte d’eau qui fait déborder un vase rempli par des promesses non tenues, une application incohérente des quotas, les déclarations à l’emporte pièce, les méthodes de concertation pitoyables d’un Président « m’as-tu vu » trop avide de spectacle pour s’attaquer aux problèmes de fond d’une profession au bord du gouffre.
Marin Pêcheurs: l’énergie du désespoir
Le prix du gazole touche particulièrement les marins pêcheurs français qui disposent pour la plus grande partie d’entre eux d’une flottille vieillissante datant des années 80. Avec des moteurs consommateurs de carburant, et des zones de pêches éloignées des ports : le Golfe de Gascogne ou les côtes britanniques écossaises ou irlandaises.
Une campagne de pêche de 15 jours sur un chalutier de moins de 25 mètres peut être rentable quand le prix du gazole est à 30 centimes le litre et quand le produit de la vente est correct. En novembre, quand Sarkozy est venu au contact des marins du Guilvinec, le litre de gazole était à 50 centimes. Aujourd’hui, il est au-delà de 70 centimes. A ce prix, un chalutier dépense pour 2 semaines de mer environ 20 000 euros de carburant pour un chiffre d’affaire moyen de 40 000 euros. Une fois retiré tous les frais, l’équipage composé de 5 marins (7 il y a 10 ans) se partage le fruit de la vente, ce qui donne pour chacun un revenu net de 300 euros pour 15 jours.
Sarko a fait des promesses de subvention lors de son show en novembre, laissant au ministre Barnier le soin d’en élaborer le cadre. Pour respecter les règles européennes, un système de compensation des activités de protection de l’environnement marin pratiqué par les pêcheurs a été imaginé en concertation entre le ministère de l’agriculture et les représentants légitimes de la profession : le Comité National des Pêches Maritimes. Plusieurs mois de négociations court-circuitées en permanence par la ligne directe entre l’Élysée et les pêcheurs du comité de crise constitué pour déstabiliser le CNPM. L’accord élaboré a aussi dû attendre que le Président fasse lui même son annonce. Les pêcheurs ne voyaient rien venir alors que le prix du gazole continuait de monter : le plan élaboré n’est même pas appliqué qu’il est déjà dépassé par l’envolée du prix du carburant.
Le plan Barnier doit être appliqué, même s’il faut remettre l’ouvrage sur le métier car il n’est pas à la hauteur des besoins de la profession. La gestion annuelle des quotas de pêche accroît la concurrence entre les producteurs et les laisse sans aucune visibilité. Elle doit évoluer vers une gestion pluriannuelle de manière à rendre espoir à ces marins et permettre une meilleure prise en compte de la survie des espèces sans exacerber la concurrence entre les bateaux.
Il faut des mesures d’aides à la modernisation de la flottille, car les avancées technologiques permettraient aujourd’hui aux pêcheurs d’être moins dépendants du carburant, d’équiper les navires de moteurs plus propres et moins consommateurs, d’envisager des compléments d’énergie renouvelable, solaire ou à la voile pour les plus petites unités. Cette modernisation est vitale pour améliorer le revenu des pêcheurs et assurer la pérennité de leur métier dans le respect de l’environnement et des espèces. Ces évolutions techniques seraient à même d’améliorer aussi la sécurité des marins et de leur assurer de meilleures conditions de travail dans un environnement professionnel mieux conçu. Mais seule une impulsion significative des pouvoirs publics peut inciter le marché à investir dans la recherche technologique et les pêcheurs à s’endetter encore pour renouveler leur outil de travail. Certains armements industriels notamment ont adopté le principe des bases avancées (essentiellement en Ecosse) à partir desquelles sont organisés le transfert des marins et le transport des produits de la pêche vers le port d’attache. Ce fonctionnement permet de réaliser des économies, tant en terme de consommation de carburant qu’en terme de pollution (CO2).
Les pêcheurs dénoncent enfin les écarts de prix observés entre le prix payé sous criée et celui constaté sur les étals, s’étonnant qu’un rouget vendu à la criée à 2,50 € le kilo se retrouve au détail à 22,00 €. Comment expliquer cela à un pêcheur qui, au terme d’une marée de 2 semaines, perçoit un salaire qui pour certains ne représente pas plus que leur argent de poche. Salaire de misère pour un métier de l’extrême. Loin des annonces à l’emporte-pièce, la pêche a besoin d’une reforme en profondeur. Il en va de sa survie.
