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Privatisations : un gouvernement récidiviste
Il y a des points communs entre le dossier SNCM et celui des autoroutes.
La privatisation d’entreprises en charge de missions de service public n’est pourtant dans aucun de ces dossiers une figure imposée par la Commission européenne sous la pression des autres Etats européens. On peut tout au plus invoquer, dans le cas de la SNCM, le fait que les aides de l’Etat sont permises sous conditions : pas d’entorses à la concurrence et retour rapide à l’équilibre des comptes, ce qui signifie en pratique suppressions d’emplois. Non, le véritable point commun, c’est le choix de brader des entreprises qui sont un bien collectif pour masquer les responsabilités de l’Etat, et élargir encore la sphère du profit privé.
Dans le cas de la SNCM, l’Etat ne saurait être considéré comme quitte parce qu’après avoir laissé se dégrader la situation de l’entreprise pendant des années au point de la mener près du dépôt de bilan, il prend à sa charge la majeure partie de la dette de l’entreprise et du financement du plan social, désormais inéluctable. Il fait en réalité un magnifique cadeau aux repreneurs. Le risque pour eux est d’autant plus limité que les actifs sont 20 fois supérieurs à la mise de fonds, et qu’il s’agit d’amis qui peuvent sérieusement espérer sortir vainqueurs de l’appel d’offres qui sera lancé en 2006 pour la desserte de la Corse. Une autre solution, associant les régions PACA et Corse, comme le souhaitait la CFDT, était envisageable. Elle aurait permis de maintenir l’entreprise dans le secteur public, de mieux assurer son avenir, celui des salariés et celui des missions de service public. Elle a été écartée sans être sérieusement étudiée.
Dans le cas des autoroutes, c’est la nécessité de trouver rapidement des recettes pour combler le trou laissé par la baisse de l’impôt sur le revenu qui est la seule justification de la décision du Gouvernement. Choisir pour les privatiser le moment où les sociétés d’autoroutes commencent à dégager des bénéfices, après que les péages aient permis de rembourser les emprunts, c’est faire un choix de court terme lourd de menaces pour les usagers. La conséquence est double : la charge des investissements restera à l’Etat, mais les recettes iront aux sociétés de Travaux Publics entrées dans le capital des autoroutes et désormais en position de force sur les marchés publics de travaux routiers. On peut parier que désormais la nécessité d’assurer la rentabilité des capitaux investis primera sur les conditions sociales dans ces entreprises, et que la politique des tarifs y contribuera également. Et alors que ces sociétés renouent avec le profit, l’Etat ne veut même pas garder une minorité de contrôle.
Après le Contrat Nouvelle Embauche, adopté sans débat au Parlement ni négociations, les privatisations ont en commun la brutalité de l’annonce, l’opacité des procédures et la difficulté pour les organisations syndicales à faire prendre en compte d’autres propositions. Ce Gouvernement adepte du passage en force est parti, si nous ne l’arrêtons pas, pour ne laisser derrière lui que des acquis sociaux en ruines.
(novembre 2005)
